GRAVURES A L’EAU FORTE.

« En soi, tout art qui repose sur des mots utilise leur pouvoir de ronger (leur capacité corrosive) tout comme l’eau forte dépend du pouvoir corrosif de l’acide nitrique » YUKIO MISHIMA. Les gravures sont réalisées sur des plaques de zinc.Ces plaques sont poncées pour ôter toute imperfection avec un abrasif très fin, elles sont ensuite dégraissées et enduites de vernis siccatif. À l’aide d’une pointe à graver, je dessine dans le vernis, le dessin qui, mis à nu sera attaqué, mordu par l’acide nitrique et les parties protégées resteront vierges de toute agression… Un premier bain d’acide ronge la plaque profondément,la découpe et donne les grandes lignes de la composition. Nettoyée après cette première opération, le même travail est appliqué : nouvelle couche de vernis…D’autres détails viennent ensuite préciser la première ébauche puis la plaque est plongée dans un bain d’acide plus dilué, la morsure est moins profonde, plus superficielle. Cette opération est renouvelée en plusieurs étapes successives. Quand je sens la plaque devenir intéressante, je réalise un premier tirage brut pour voir les parties faibles qu’il faudra retravailler. Lorsque je juge satisfaisant le travail réalisé sur la plaque, un tirage est réalisé sur papier japon incrusté de fils de soie.Chaque gravure est tirée en 6 épreuves d’artiste retravaillées à l’encre de chine et au lavis. Ces corps sont marqués, dévêtus, sans protection, meurtris par la vie. L’espace de la gravure entraîne dans sa chute la figure qui vient s’étaler sur lui afin de l’imprégner, de la transpercer à la manière d’un acide qui vient peu à peu détruire la forme, ronger la structure de l’être de leur être. Dans ces gravures, le trait n’est pas unique, comme des coups à travers l’espace, sinueux, effectuant sans cesse des retours et des chevauchements, comme une ligne qui ne délimite rien, qui ne cerne plus aucun contour mais qui fourmille entre deux points. Cette ligne m’attire en son tourbillon, en son lacis de détails et toujours elle laisse en sa surface mon regard fluctuant, indécis et pourtant sûr d’avoir trouvé quelque chose qui le retient. Ma gravure est un mélange, à la fois ligne séparatrice structurant l’espace, génératrice de formes, de volumes avec son réseau fourmillant de traces croisées qui trouve un échos dans l’entrecroisement des fils de soie du support.